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Tu Brüles Mon Esprit

Interview Publié le 29/05/2018

Véritable hommage aux compilations des années 80, TU BRÜLES MON ESPRIT digère à sa façon les standards de la variété Française. De Joe Dassin à Marc Lavoine, en passant par Eddy Mitchell ou Johnny Halliday... « Gabriel chante Gabrielle », rencontre avec le chanteur de T.B.M.E.

À la demande du groupe, cet entretien a été retranscrit en écriture inclusive.

Quel est le concept de « Tu Brüles Mon Esprit ? »

En quelques mots, on fait de la digestion de variété française à base de coulés rock. En quatuor : guitare, clavier, batterie et moi- même au chant. On réinterprète des standards de la chanson française avec de préférence des titres évidemment très connus. On ne fait pas de reprises, on « digère ». Parce qu’il n'y a ni la mélodie originale, ni l'enchaînement couplet/refrain et jamais l'intégralité des paroles. Y'a un réagencement des lyrics aussi.

 

Vous vous connaissiez avant ?

Oui. On a tous-tes joué dans d'autres groupes avant. Chacun-e a peut-être dix ans de musique derrière lui, voire même un peu plus pour certains. Guillaume (guitare) joue dans MONNOCLE, LLAMamE LA MUERTE, GUNS'N'GÄNSEBLÜMCHEN... Nanar (batterie) était dans MICHEL PLATINIUM, MARÉE NOIRE (Avec le chanteur de SYNDROME 81) et aussi BETTER OFF DEAD. Kroquette (clavier) avec BETTER OFf DEAD et TAENIA. Moi j'ai joué dans d'autres groupes mais peut-être plus anonyme. Dans des groupes de Punk, de Oi !... C'était y'a plus de dix ans. On a enregistré quatre titres aux Saulnières avec AGITATION PROPAGANDE. Ça se trouve sur internet. Ça faisait quelques années que je ne faisais plus de musique, c'est une reprise en partie liée à la force de persuasion de Guillaume. Il m'a emmené dans sa folie et a su me mettre en confiance. Il ne fallait pas trop me pousser non plus.... Le point de départ, c'était le duo guitare-batterie, ils répétaient justement des trucs assez répétitifs avec des morceaux assez longs. Un soir comme ça, il me dit : « Ah bah on a un concert dans deux semaines en Bretagne, il nous faudrait un chanteur, tu vas voir c'est facile, tu auras un delay sur ta voix, tu répéteras un mot pendant vingt minutes... Viens ça va être bien ! » Je me suis dit OK et ça s'est fait. Vingt cinq minutes de concert avec un seul morceau. Au départ ce n’était pas évident de monter sur scène en se disant « Attends mais on n’a rien bossé, on n’a rien foutu. On a un truc hyper minimal, les gens vont se casser. » Mais après, tout se joue sur une forme d'ambiance. Kroquette est arrivée plus tard. On répétait à Angers et on lui a proposé de venir. Elle a joué directement le soir avec nous. Kroquette avec son synthé elle apporte vraiment une touche, elle joue une basse et une mélodie. Tu enlèves le synthé, c'est beaucoup plus sec. Lors du premier concert, ils ont joué un deuxième titre que je ne connaissais absolument pas... Pendant tout le morceau je n'étais pas dedans, je cherchais la fréquence et le bon ton... ce n’était pas évident. Tu Brüles, c'est une grosse blague complètement improvisée au départ.

L'enregistrement des quatre titres a permis de fixer certaines choses ?

Oui, surtout au chant. Parfois j'essaye même de m’en détacher, mais y'a un côté confort là-dedans. Sur un morceau de neuf minutes, si tu ne l’enregistres pas, tu n'as pas forcément de repères. Tu ne peux pas compter les temps, il faut être attentif aux appels, aux changements... Il y a des choses qui fonctionnent mieux que d’autres. On faisait une répète pour un concert, voir une répète pour deux. Il y avait surtout un bon feeling ! Pour la musique, ils étaient déjà calés et savaient où ils allaient... « Nous on joue et c'est Gaby qui fait le reste. »

Où avez-vous enregistré ?

En Vendée, vers Montaigu, avec Antoine du studio Corner Box. C'était hyper bien, il y avait une mezzanine avec couchages et cuisine, nous étions vraiment immergé-e-s pendant deux jours. On voulait juste enregistrer, sans se mettre la pression. Guitare- Batterie en prise live, claviers ensuite et on a fini avec les prises voix. J'étais encore dans cet esprit “d’impro”. Compréhensif, Antoine m'a dit de prendre mon temps. J'ai fait ça à l’instinct et ça a finalement bien marché. Par exemple sur « Je n'ai jamais été indien», c'est quasiment une prise complète. Sur « Dix ans de chaînes », deux prises. Ça a été assez rapide. Ce qui était dur, c'était de garder ma voix, car je pars parfois dans les aigus et force sur certaines parties. Illes ont découvert ce que je chantais, parce que, en condition concert ou répète, on s’entend différemment ... C’était une bonne surprise.

Pourquoi sortir ça sur vinyle ?

Pour la pochette, l'objet quoi ! Nous ne voulions pas faire de CD. La photo a été prise par Ruddy Guilmin, au Lézard. Dessus, illes sont en noir, moi en blanc. Pour mettre une distinction entre le mec qui chante et le reste des musicien-ne-s. On voulait jouer la- dessus. Après quelques essais, on a fait ce truc avec les mains, le regard... Dans les années 80, les “Master Series” étaient des Best- Of, que tous les artistes sortaient. Comme Léo Férré, Renaud et bien d’autres... Tant que ça marche ! Nous, c'est un “Best-Of” des grands noms : Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Joe Dassin et Marc Lavoine. Comme la pochette est assez caricaturale et qu'elle dénote, certaines personnes disent : « Moi j'aime pas du tout, mais j'en achète un parce que la pochette, avec la charte graphique, vos ganaches... ». C'est un faux coup de marketing, c’est de l’autodérision.

 

Comment se passe le choix des morceaux ?

On échange mais y'a des vétos sur certains artistes : Sardou par exemple. « Gabrielle », c'était évident. Moi je m'appelle Gabriel. « Couleur Menthe à l'eau » est venu naturellement. J’adore. Avec Joe Dassin, on s’est dit qu’il fallait taper fort. « L'été Indien » avec cette intro parlée, ça collait. Tout le monde connait : « Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue », ça marchait aussi. On a de nouveaux titres avec Françoise Hardy « Message personnel » « Au bout du téléphone, il y a votre voix. Et il y a des mots que je ne dirai pas. Tous ces mots qui font peur quand ils ne font pas rire... » Le texte est lourd. Elle dit « Je suis seule à crever ». Tout le monde connaît le refrain « Si tu crois un jour que tu m'aimes... ». On a aussi Véronique Sanson - « Besoin de Personne ». Si tu es né dans les années 70-80, tu as forcément bouffé du Mylène Farmer : « Pourvu qu'elle soit douce » est une chanson osée et libertine. Au bout du compte, je ne sais pas s’il y a un vrai choix, ce sont des réminiscences. Si ça tilt et que les paroles nous parlent... Les gens ne reconnaissent pas toujours, mais moi je sais ce que je chante ! Pourquoi on le fait ? Parce qu’on s'amuse et ça nous fait bouger, on « détonne » certainement. C'est ni dans un esprit potache, ni dans un esprit trop sérieux... Après le fait qu'on joue sur des scènes plus DIY et indé, c'est notre éthique à nous. On fait du “Non-Profit” : nous sommes défrayé-e-s et les petits cachets c’est pour le matos ou payer les répèt'. Notre esprit ce n’est pas d'en faire un métier mais il faut reconnaître que parfois c’est fatiguant de bosser la semaine et de faire les concerts le week-end.

Et ce qui se passe dans le 72 ?

Je suis un peu déconnecté de la scène sarthoise... mais connais les différents groupes de Guillaume ! Je trouve que c'est assez calme dans le punk / punk-rock... C'est l'impression que ça me donne. NO TIME TO LOOSE était super cool et ramenait du monde. J'ai vu que l'Utopitre fermait. C'est dommage. Illes faisaient venir de super groupes. Je vais rarement voir les artistes dans les grandes salles je préfère les bars... J'ai fait pas mal de concerts entre 1995-2005, il avait ce truc de génération, ce truc de bande qui s'entraîne. C'est un âge de la vie. J'ai l'impression de sentir moins ça aujourd'hui. Il y a peut-être moins de concerts ? Je ne sais pas ce qui a changé, je me pose la question...

Pour enregistrer, c'est beaucoup plus simple aujourd'hui... Avant, quand tu enregistrais, c'était hyper rare. Aujourd'hui ça s’est démocratisé. Moi je trouve ça positif. C'est génial, il y en a pour tous les goûts. Chacun y trouve son compte. Après au niveau des lieux, je dirais le Lézard : animateur de la découverte rock sur Le Mans. Les concerts sont gratos en plus, c'est important. Radio Alpa avec les émissions Vertiges et Panopticon, on essaye d'amener des choses que tu n’entends pas forcément autre part... La MJC Prévert et les concerts “Alpa On The Rock” qui animent la scène rock mancelle. Le Barouf, aussi. Même s’il ne propose pas de concerts très rock, c'est un choix. Les soirées Funk Soul sont hyper cool.


Vos projets pour la suite ?


Sur le vinyle, il n’y a que des mecs qui chantent pour des nanas... Donc on s'est dit on aimerait bien faire un 33 tours spécialement féminin. D'où Mylène Farmer, Véronique Sanson et Françoise Hardy... On y va franco ! C’est encore un projet, il n’y a rien de précis en termes de date de sortie. Pourquoi pas aussi faire un album de duos ? Ce sont des idées.
Parfois Guillaume, me voit dans des mises en scène, dans des costumes en peau de tigre... Mais moi je ne suis pas d'accord, j'ai encore mon libre-arbitre ! Tu vois les délires que ça peut générer... On triche pas, on n’interprète pas des rôles, c’est nous sur scène. Un article est paru sur Gonzai, ça nous a ouvert quelques dates, c’est l’effet boule de neige. Tu as une visibilité donc les gens écoutent, ils veulent te faire venir... Honnêtement, c'est une escroquerie ! Déjà “Tu Brüles Mon Esprit”. Dans le même temps, c'est pas une blague, c'est sans prétention et faut que ça le reste. Il y a que les exigences qu'on se fixe : pour qui on joue, pourquoi ... On fait la musique à notre manière et avec qui on veut. Mais pas à n'importe quel prix : on ne cherche ni la gloire, ni l'argent. Et c'est comme ça que tu es libre dans la musique.